Le jeu est un acte spontané chez l’enfant, il est pour lui la façon la plus naturelle et la plus heureuse de découvrir la vie. En jouant l’enfant nous montre son appétit de découverte, d’apprentissage et de désir de comprendre.
C’est en jouant et peut-être seulement en jouant que l’enfant est libre de développer son potentiel vital et créatif.
L’enfant a bien sûr mille et une façons de jouer mais retenons surtout les différences qui existent entre le jeu solitaire et le jeu partagé, les jeux libres et ceux qui se jouent selon des règles bien établies. Dans tous les cas l’enfant apprend.
Jouant seul, l’enfant constitue son propre univers intérieur dans lequel les autres sont tels qu’il peut les recréer, les contrôler, les apprivoiser. En jouant ainsi, l’enfant intériorise le monde et développe ses capacités imaginaires. En jouant l’enfant recrée des scénarios qui lui permettent de maîtriser la réalité, de la faire sienne. Le jeu donne ainsi du sens aux multiples expériences au travers desquelles l’enfant découvre le monde, les autres, un univers parfois plein d’embûches qu’il doit apprendre à maîtriser et accepter. Le jeu apporte à cet apprentissage une tonalité affective et positive. Il apaise les angoisses de l’enfant et facilite sa croissance.
Jouer c’est aussi apprendre à endosser tous les rôles, à jouer le rôle de l’autre pour arriver à s’y identifier, pour lui échapper, pour le comprendre aussi, se mettre à sa place, rejouer sa propre place vis à vis de lui.
Grâce à ce jeu de rôle intériorisé l’enfant va acquérir son autonomie psychologique et dépasser la peur qu’il peut avoir du monde qui l’entoure.
Grâce à cette autonomie, l’enfant va développer sa capacité à vivre avec les autres, à créer des relations qu’il pourra vivre comme non menaçantes
pour lui.
Constituer son autonomie pour l’enfant, c’est en fait constituer sa capacité à être avec l’autre sans avoir peur qu’il empiète sur lui-même.
Au fond savoir jouer seul est le premier pas vers une vie sociale riche.
Parmi ces jeux partagés il y a ceux qui se jouent sans règles explicites et ceux qui se jouent selon des règles du jeu bien établies. Les jeux libres commencent très tôt, dans les premiers échanges avec les adultes, qui sont le plus souvent l’occasion d’un plaisir ludique partagé, du gazouillement aux chatouilles, du premier sourire aux premières grimaces qui font rire, des premiers pas réussis aux premiers mots échangés, de la manche qu’on met et qu’on enlève pendant que les parents l’habillent, à la cuillère que l’on mange pour papa et à celle qu’on fait tomber par terre encore et encore. Dans le cas de ces jeux libres, l’enfant va apprendre à partager son imaginaire et à expérimenter les limites de son entourage. L’enfant en jouant ainsi n’est pas un manipulateur. Il part à la rencontre des échanges possibles avec les adultes, de leur propre capacité à jouer, de leur capacité à se laisser utiliser par l’enfant, à prendre du plaisir avec lui. Au fond, il teste leur propre plaisir à vivre. Dans le cas des jeux codés, l’enfant va apprendre à accepter des règles communes.
Jouer avec quelqu’un suppose une confiance mutuelle. Quand un adulte se soumet aux mêmes règles de jeu qu’un enfant, il lui signifie qu’il n’a pas tout pouvoir, qu’il n’est pas tout puissant. Les règles du jeu, à condition qu’elles soient équitables, permettent à l’enfant d’être à égalité avec celui et ceux avec qui ils jouent, qui se soumettent aux mêmes règles… Partager les règles du jeu c’est apprendre à accepter avec souplesse les règles sociales et apprendre à gérer l’échec et la rivalité. Perdre en jouant avec quelqu’un ce n’est pas simplement accepter d’avoir perdu, c’est accepter aussi que l’autre ait gagné. Pouvoir perdre une fois et gagner une autre fois permet d’apprendre que l’échec est réversible. Et on voit bien en jouant avec un enfant combien accepter l’échec est souvent un apprentissage difficile. Pouvoir jouer et être en confiance avec l’autre permet aussi à l’enfant d’apprendre progressivement à avoir confiance en lui-même et la confiance en soi est la condition nécessaire pour accéder à la tolérance à l’égard de l’autre. Le jeu permet donc naturellement à l’enfant de progresser ; à condition que ses activités ludiques ne soient pas encadrées dans un objectif trop volontairement pédagogique qui « gâcherait » son plaisir.
La première vertu du jeu c’est qu’il permet une découverte créative de la réalité, une découverte dans le plaisir. Jouer apprend à jouer avec la réalité, pour l’aimer. La découverte du réel devrait en permanence être un jeu créatif, permettant un mode créatif de relation au monde qui donne à l’individu le sentiment que la vie vaut la peine d’être vécue et qui rend possible une vraie capacité à investir les objets et les autres. C’est grâce à ce plaisir partagé entre les êtres humains que la communication est véritablement possible. Le jeu est de ce point de vue le noyau de l’expérience culturelle. Pour la même raison, jouer c’est aussi la meilleure façon d’apprendre, apprendre avec plaisir, apprendre le plaisir de la découverte du réel, apprendre le chemin créatif du savoir scientifique
Jouer est donc la meilleure initiation au désir d’apprendre.
François ATTALI, psychothérapeute d’enfants